Paru | 24 Février 2010
Genre : Aventure
Éditeur : Sony Computer Entertainment
Développeur : Quantic Dream
Multijoueurs hors ligne : Information inconnue
Multijoueurs en ligne : Information inconnue
Compatible PlayStation Move : Oui
Compatible 3D : Non
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Après des années d'attente, Heavy Rain est arrivé. Qualifié d'expérience nouvelle à mi-chemin entre récit cinématographique interactif et jeu vidéo, Heavy Rain tient-il ses promesses ? Réponse dans ce test complet.
Un parti pris émotionnel
Si vous ne le saviez pas déjà, rappelons que Heavy Rain est un jeu développé par le studio français Quantic Dream, et pensé par David Cage déjà à l'origine de Nomad Soul et Fahrenheit - deux jeux atypiques.
David Cage répète à l'envi qu'il est fatigué des mêmes mécaniques des jeux vidéos : se déplacer, tirer, tuer, être récompensé, le tout dans une désespérante linéarité. Il se targue ainsi, avec Heavy Rain, de révolutionner le concept.
Quantic Dream a donc fait le pari du quitte ou double. Le jeu sort en exclusivité sur Playstation 3, grâce au fort soutien de Sony qui a financé le jeu après avoir vu la fameuse démo de l'E3 2006 "The Casting" ci-dessous.
Déjà, à l'époque, la Motion Capture fit des miracles et a permis à cette démo technique de créer une émotion chez son spectateur : la jeune femme (qui figure d'ailleurs dans la version définitive du jeu) commence la séquence en plaisantant, puis laisse place à une montée d'intensité dramatique très forte. Evidemment, depuis cette vidéo de 2006 les graphismes et les animations ont fait un bond en avant phénoménal.
Ainsi, le parti pris d'Heavy Rain sera double : changer les codes du gameplay, et faire appel à des émotions très rarement sollicitées dans le jeu vidéo. Si l'on est habitué aux traditionnels schémas de peur, haine, colère, satisfaction, Heavy Rain veut aller plus loin en nous faisant ressentir amour, tristesse, culpabilité, doute... Et pour cela, Quantic Dream a opté pour un gameplay très particulier.
Déroutant dès les premières minutes, mais une SixAxis qui revit
Dès le début, l'ambiance du jeu est posée. Les premières scènes (on en compte au final environ soixante-dix) font office de tutorial et ce n'est pas du luxe : se déplacer avec R2 est assez inhabituel, pourtant on s'y habitue très vite - bien que l'agacement soit parfois de mise quand on se retrouve coincé dans un angle mal fichu. Oubliez la touche qui permet de sprinter, celle qui permet d'utiliser ses mains pour saisir un objet, etc. Chaque action vous est dictée par une manipulation spécifique qui s'affiche à l'écran.
Ainsi, les mouvements utiliseront tous les boutons de la manette mais aussi le gyroscope SixAxis de la DualShock3, si efficace mais tellement peu utilisé jusqu'ici. Nous ne pouvons que nous incliner devant la manière très complète dont Quantic Dream a exploité toutes les capacités de la manette de la PS3, dans des mouvements qui rappellent les mouvements naturels nécessaires à leur exécution. Par exemple, pour ouvrir un placard dont la porte est coincé, il faudra faire un mouvement sec vers la droite avec la manette.
Les premières scènes ont parfois été critiquées pour leur rythme ou la nature des actions qu'elles impliquaient d'exécuter. Pourtant, il faut bien avoir conscience que le jeu va s'appuyer sur les émotions et que pour s'impliquer dans la peau d'un personnage, il faut plus qu'une scène d'action. Il faut être lui, penser comme lui, vivre comme lui. Connaître sa vie, son environnement, sa femme, ses enfants. Sans ce passage obligé, l'identification vis-à-vis des personnages ne serait pas possible.
Au final, dans ces premières scènes, on se surprend même à devoir accomplir certaines actions de la vie quotidienne dans un jeu vidéo. Mais elles ne sont ni inutiles ni assimilables à du remplissage : elles font partie de l'expérience Heavy Rain.
Des personnages et des environnements hallucinants de variété et de réalisme, portés par une musique magnifique
Deuxième gros point fort d'Heavy Rain : la réalisation. Si les personnages qui apparaissent dans le jeu sont d'une qualité parfois inégale, les récurrents ont été modélisés avec une précision et une qualité jamais vues auparavant. Sur les visages, on peut tout distinguer : le moindre poil de barbe, les taches de rousseur, les cicatrices, les sourcils...
Modélisés de la tête aux pieds à l'aide de la Motion Capture pour accroître leur réalisme, les acteurs ont été reproduits à l'identique et croyez moi : pour les avoir vus en chair et en os à l'avant-première de mardi soir, la ressemblance est frappante - et même troublante. Et ce n'est pas la dernière fois que je vais être troublé.
Les scènes s'enchaînent en vous permettant de prendre le contrôle de quatre personnages (chacun étant imposé sur chaque scène).
- Ethan Mars : personnage torturé dont le fils a été kidnappé par un tueur en série baptisé "L'Origami Killer" (car il laisse un origami dans la main de ses victimes, toutes des jeunes garçons).
- Madison Paige : jeune femme mystérieuse, dont nous ne dévoilerons pas les raisons qui la font figurer dans l'aventure pour ne pas spoiler le jeu. But I'm in love with Madison !
- Scott Shelby : Détective Privé payé par les familles des victimes pour enquêter sur l'Origami Killer. Visible dans la démo, son attitude à la fois dure et débonnaire fait mouche.
- Norman Jayden : jeune enquêteur du FBI, envoyé par les fédéraux pour faire avancer une enquête au point mort.
A la variété des protagonistes s'ajoute celle des environnements qui vous seront proposés : de toute beauté et d'une grande variété, il rejette à des lustres le level-design classique des jeux d'aujourd'hui. Textures magnifiques, environnements conçus par des architectes, couleurs parfois vives et parfois crasseuses et sombres, éclairages à décaper la rétine... J'ai été subjugué par la qualité des différents niveaux, et je ne pensais même pas que je pourrais voir cela un jour sur PS3. Même Uncharted 2 est dépassé, c'est dire. Le photo-réalisme est partout dans Heavy Rain.
La pluie battante, omniprésente et caractéristique essentielle du jeu, rajoute à l'ambiance pesante même si, dans certaines scènes, elle a un peu été négligée et ressemble plus à des traits blancs descendant le long de l'écran. Mais là, c'est du détail, s'agissant de petites portions de scènes qui sont concernées.
L'ensemble est soutenu par la très belle musique du compositeur canadien Normand Corbeil, enregistrée à Abbey Road par un orchestre symphonique de plus de 70 musiciens. Du grand art qui ajoute encore plus d'intensité dramatique.
Quand vos décisions et vos actions modifient le cours de l'histoire
J'ai toujours été déçu par l'omniprésente linéarité de nombreux titres présents sur le marché : itinéraire pré-défini, absence d'interaction avec le scénario, histoire qui se terminera forcément de la même manière pour tous les joueurs pour peu qu'ils aient répondu aux figures imposées du scénariste.
Et c'est - une fois de plus - là qu'Heavy Rain frappe fort. Malgré des scènes de "transition" qui donnent l'impression que l'histoire traîne un peu en longueur, c'est vous qui donnerez vie à l'aventure. A la fois par l'intermédiaire des fameuses actions contextuelles (QTE et MPAR) qui impliquent d'appuyer sur une combinaison de boutons qui s'affiche à l'écran pour mener l'action à bien, et par des décisions morales. Parfois, un mode split-screen fait son apparition, augmentant d'autant vos pulsations cardiaques pendant des situations difficiles.
Vous avez donc le droit de vie et de mort sur vos personnages : ratez un QTE au mauvais moment, et votre personnage mourra. Ou pas. Mais l'histoire continue différemment de si votre personnage avait survécu. Si les QTE vous semblent parfois trop complexes, vous pouvez à tout moment modifier leur difficulté par le menu Pause. Car il arrive souvent qu'après dix minutes de gameplay plutôt calme, vous vous retrouviez à devoir enchaîner un QTE hyper dynamique et complexe qui vous fera bondir sur votre canapé.
Par ailleurs, à certains moments votre personnage devra prendre des décisions lourdes, très lourdes de conséquences. Vous disposerez de peu de temps pour réagir : dans une situation donnée, s'affichent au-dessus de votre personnage les différentes options s'offrant à vous avec la touche sur laquelle appuyer. Tuer ? Ne pas tuer ? Aimer ? Repousser ? Condamner ? Pardonner ? Agresser ? Discuter ? Agir ? Subir ?
Ainsi, je vous conseille de jouer votre première session d'Heavy Rain à l'instinct - vous aurez par la suite l'occasion d'y rejouer pour faire d'autre choix (la rejouabilité étant une autre grande force du titre). Quelle est la bonne décision ? Parfois toute, parfois aucune... La seule vraie et bonne décision est celle que vous prenez. Et là, l'émotion est à son comble et on comprend mieux pourquoi il nous avait été demandé en début de jeu de se mettre dans la peau du quotidien de nos personnages.
Durée de vie, bonus, récompenses, DLC
Si Heavy Rain voulait échapper à la mécanique des récompenses, il n'a pas pu complètement s'en affranchir à cause de l'obligation faite par Sony aux développeurs d'intégrer des Trophées au jeu. Fait notable, ces Trophées sont tous cachés pour ne pas spoiler l'aventure, et ne s'afficheront qu'à la fin des scènes pour ne pas gâcher l'immersion dans le jeu.
D'autre part, des bonus très sympathiques se débloqueront au fur et à mesure de votre progression dans l'aventure sur le making-of du jeu, des artworks et autres.
Quand à la durée de vie, comptez une dizaine d'heures pour mener votre première expérience à terme. Cela peut sembler court car on aimerait que l'histoire dure encore et encore... Mais la rejouabilité du titre est énorme, vous voudrez savoir ce qui se serait passé si vous aviez pris d'autres décisions aux moments clés d'Heavy Rain. On parle de 20 fins possibles, c'est donc potentiellement un titre qui compte des dizaines d'heures pour en faire complètement le tour. Vous pourrez rejouer, au choix, l'expérience en entier ou scène par scène.
En revanche, il ne dispose pas de mode multijoueur. Il faut admettre qu'au regard de l'expérience Heavy Rain, un mode multijoueur n'aurait pas de sens. Le multijoueur se fait sur le canapé, avec vos amis à côté de vous tant il attire le regard et il impose naturellement aux observateurs de rester à vos côtés pour suivre l'histoire.
Enfin, deux ou trois DLC (le troisième sera décidé en fonction du succès commercial du titre) seront proposés : une première série de plusieurs scènes sera livrée d'office avec l'édition Collector ou sur le Playstation Network dans les quinze jours qui suivront la sortie du jeu le 24 février. Les deux autres DLC suivront peu après. L'un d'entre eux vous mettra même... dans la peau de l'Origami Killer !
Conclusion
Avant de rédiger ce test, je me suis longuement posé la question de l'objectivité. Je suis ce jeu de très près depuis de longues années, je sais tout de lui, du travail qui a été fait par Quantic Dream et mes attentes étaient énormes.
Pourtant, en trentenaire que je suis et après avoir pratiqué les jeux vidéos depuis près de 25 ans, je ne peux qu'admettre qu'Heavy Rain m'a littéralement chamboulé. Chef d'oeuvre de réalisation, scénario en béton armé, je me suis pris d'amitié pour mes personnages, en restant prêt à tout pour les sauver. Il m'a été difficile de lâcher la console, d'abandonner Ethan, Madison, Scott et Norman dans leur course contre la montre pour retrouver l'Origami Killer.
C'est un travail d'orfèvre que nous propose Quantic Dream, en nous sortant un jeu qui respecte le joueur. La radicalité du parti pris peut en faire un jeu qu'on déteste tout autant que je l'ai aimé, mais c'est en l'essayant que vous vous ferez votre idée. Oubliez vos idées pré-conçues, avec Heavy Rain vous arrivez sur un terrain de jeu vierge, un film dont vous êtes à la fois l'acteur, le réalisateur et le personnage, soutenu par une réalisation qui frôle la perfection.
Heavy Rain est un jeu sublime, qui marque un tournant dans une vie de joueur. Il est LE jeu qui fait la différence sur Playstation 3.

Source : Pierre G. pour UltimatePS3